



Débarqué en NBA en 2008, et pour sa sixième campagne aux Los Angeles Clippers, Nicolas Batum vit un début d’exercice compliqué collectivement avec déjà 6 défaites en 9 rencontres. Des performances décevantes au regard du beau parcours de l’équipe en 2024-2025 (50v-32d, 5ème à l’Ouest), et du recrutement en grande pompe effectué par les Angelinos durant l’intersaison, illustré notamment pas les signatures de Bradley Beal et Chris Paul.
Rencontré lors du déplacement des Clips à Phoenix jeudi, le champion d’Europe 2013 avec les Bleus est notamment revenu pour nous sur son début de saison et celui de sa franchise, ainsi que sur son avenir dans la grande ligue. Sans oublier de faire le point sur la féroce concurrence qui fait rage cette année encore dans la conférence Ouest et sur son rôle au sein du dispositif de Tyronn Lue. Entretien exclusif.
A bientôt 37 ans (le 14 décembre) et alors que tu entames ta 18ème saison dans la ligue, comment te sens-tu ?
Je me sens bien. J’ai passé un été relaxant d’un point de vue basket même si j’ai beaucoup travaillé pour me maintenir en forme. Et comme les quelques fois où j’ai choisi de couper avec les Bleus, j’ai réussi à bien me préparer psychologiquement aussi.
Retraité en 2024 (international), tu n’as pas participé à l’EuroBasket cet été. La coupure n’a pas été trop compliquée à gérer ?
Quand tu rattaques au sortir d’une compétition internationale, c’est beaucoup plus simple. C’est clair et net. Mais je ne suis plus dans cette optique là. On ne me demande plus d’être productif comme je l’étais avant donc c’est totalement différent. L’été que j’ai passé était très bien, parce que je n’avais pas la même pression. Avant quand je ne venais pas en EDF, je pensais à l’après, à la campagne suivante, etc. Là, plus du tout. C’est une chose que je redoutais un peu pour être honnête, et au final j’ai parfaitement vécu mon intersaison.
Les Clippers sont actuellement 10èmes à l’Ouest avec un bilan de 3 victoires pour 5 défaites (classement au 6 novembre). Comment expliques tu votre début d’exercice compliqué ?
On a perdu Kawhi Leonard et on affiche deux visages très différents depuis le début de saison. On est mauvais à l’extérieur alors qu’on est bons à domicile. C’est des choses qu’on doit corriger. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’on a intégré beaucoup de nouveaux cette saison. Il y a de nombreux rôles à redistribuer avec en plus les blessures de Kawhi et James (Harden), le fait de devoir s’appuyer sur des rotations différentes chaque soir, ça explique aussi nos soucis. Notre collectif doit se mettre en place.
Au-delà de l’intégration des nouveaux venus et des pépins physiques de certains cadres, l’ “affaire Aspiration” peut-elle expliquer, a minima en partie, votre retard à l’allumage ?
Pas du tout. Honnêtement, je ne crois pas que quelqu’un ait abordé le sujet une seule fois dans le vestiaire. Beaucoup de choses ont été dites, mais c’est au niveau de la direction que ça se gère, dans les bureaux. Nous on n’a pas à s’en soucier. Et encore une fois, ça ne nous pas du tout perturbé jusqu’ici.
Les Clippers ont fait les gros titres durant l’intersaison en enrôlant John Collins, Brook Lopez, Bradley Beal et Chris Paul. Performant en 2024-2025, le groupe est il plus fort encore cette saison ?
Je rappelle qu’on n’a pas fait un gros début de saison l’an dernier. On a vraiment commencé à performer à partir de janvier pour terminer dans le top 5 de l’Ouest avec 50 victoires. La saison est longue en NBA. Pour ce qui est de notre roster, je ne saurais pas dire s’il est meilleur que l’année passé. il est surtout différent. Tout aussi solide, mais différent.
Denver et Oklahoma City font figure de favoris à l’Ouest cette saison, mais les poursuivants sont nombreux. Penses tu que les Clippers soient capables d’aller chatouiller les cadors annoncés ?
Si on se met en place, on aura nos chances. On l’a fait l’an dernier. Mais c’est dur de réduire l’Ouest à un Top 2. Il y a 8 à 10 équipes dont il faut se méfier, avec les Spurs qui grimpent, les Blazers qui font des choses intéressantes, Phoenix qui n’est pas ridicule du tout, Houston, les Mavs, les Warriors qui ont clairement une équipe de champions… Les 15 équipes de la conf’ sont dangereuses ! Littéralement ! Les Pels peuvent être chiants à jouer, les bilans ne veulent pas tout dire.
Est ce qu’on est pas en droit de se dire que l’Ouest n’a jamais été aussi dense ?
Ca progresse. San Antonio progresse, Portland et New-Orleans aussi, c’est normal. Ils travaillent pour ça. C’est ce qui fait le charme de la NBA et surtout de notre conférence. Mais quand j’ai débarqué dans la ligue en 2008, c’était déjà comme ça. On jouait jusqu’au 82ème match pour savoir ce qu’on allait devenir, à quelle place on allait terminer. C’est le charme de notre conférence.
Outre le titre de champion après lequel tu cours depuis près de 18 ans maintenant, qu’est ce qui te motive chaque soir pour tout donner sur le parquet ?
L’amour du jeu. Je sais que je n’ai plus les mêmes capacités et que les attentes sont différentes, mais l’amour du jeu est toujours là. Même si je sais que je suis bientôt fini, que je suis quasiment à la fin. C’est ma 20ème année au niveau professionnel (18 saisons en NBA, 2 en ProA). Tu ne joues pas si longtemps à haut niveau si tu n’as pas ce feu en toi.
Tu l’as toujours, ce “feu” ?
Un petit peu oui. C’est toujours là. Mais disons que c’est la fin.
Tu disais récemment ne pas avoir encore décidé quand tu mettrais fin à ta carrière. Tu en es où aujourd’hui ?
C’est un tout. Tu penses à ta famille et tu penses à toi aussi. A ce que tu es encore capable de produire sur le terrain. Cette année je pense pouvoir faire encore beaucoup de choses sur le parquet, pour la suite je ne sais pas.
Tu as toujours la confiance de Tyronn Lue (3,0 points, 2,6 rebonds et 0,6 assists de moyenne en 16 minutes de jeu), qui t’a déjà titularisé à plusieurs reprises sur ce début de campagne. Imaginais tu avoir autant de responsabilités ?
Je ne m’y attendais pas forcément car je pensais jouer 8, 10, voire 12 minutes par rencontre. Mais j’ai remplacé Kawhi Leonard sur les derniers matchs donc mon temps de jeu a augmenté. Mais quand les rotations étaient normales, je jouais 6 minutes par mi-temps. Et ça m’allait.
Credit : © Kirby Lee-Imagn Images
Propos recueillis à Phoenix par Maxime Bodilis.